Neuvaine
préparatoire à l'Annonciation

du 16 au 24 mars 2022

Neuvaine

Avant de pratiquer une neuvaine, peut-être faut-il se demander pourquoi prier pendant 9 jours et pas 5 ou 23 ? Bien sûr, les neuf mois de gestation de l’être humain dans le sein maternel sont en quelque sorte cette neuvaine primordiale qui associe spontanément le chiffre neuf à une préparation. Durant les neuf jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte, les apôtres prièrent en union avec la Mère de Jésus (Actes 1, 14). Première neuvaine apostolique et mariale qui obtint la grâce du Saint-Esprit et de ses neuf fruits merveilleux énumérés par saint Paul : « Charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Galates 5, 22). Le chiffre neuf aurait-il quelques vertus cachées, quelques accointances secrètes avec l’Esprit Saint ?

Chez les Pères de l’Église, neuf est le chiffre des anges organisés selon une hiérarchie à neuf étages. Par exemple, les 99 brebis demeurées dans la bergerie dans la parabole du Bon pasteur sont les anges fidèles tandis que la petite brebis égarée est la pauvre humanité déchue. Pratiquer une neuvaine est-ce espérer secrètement que notre prière soit portée par les anges et montent comme par étape à travers les neuf chœurs angéliques jusqu’au Trône de Dieu ? Le chiffre neuf n’est-il pas trois multiplié par trois, une sorte de Trinité au carré qui nous plonge en Dieu ?

Annonciation

Gestation, Marie, Esprit, ange : les harmoniques du chiffre neuf consonnent au récit de l’Annonciation. Providentiellement « neuf » en français est aussi un adjectif qualifiant ce qui est nouveau. Or s’il est advenu un jour du temps quelque chose d’absolument nouveau, de totalement inédit, c’est bien le jour de l’Annonciation. Ce jour-là quelque chose d’inimaginable est survenu : Dieu s’est fait homme. Bien sûr nous connaissons par cœur le récit de cet évènement le plus lu, le plus commenté, le plus illustré de l’histoire : un ange, une Vierge, une parole, un « oui » et le Tout-Puissant s’incarne ! Quelle merveille, quelle irruption ! Quel bouleversement. Saint Irénée avait raison de dire que le Christ a apporté toute nouveauté en s’apportant lui-même. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » Qu’il fait bon, trois fois par jour, répéter ce verset carillonné par les cloches de l’Angélus. 

Date      

Saint Luc commence par situer les coordonnées de l’Annonciation. L'événement survient le sixième mois de la grossesse d’Élisabeth. Comme Adam fut créé le sixième jour, le Nouvel Adam va être créé le sixième mois. Six est en effet le chiffre de l’humanité. Six, c’est sept moins un. C’est la perfection à laquelle il manque quelque chose. Six c’est le chiffre de l’indigence. Nous nous présentons dans cette neuvaine comme des pauvres qui requièrent d’être secourus. Nous venons à la messe comme des mendiants avides d’être rassasiés.

La liturgie est plus précise : elle place l’Annonciation le 25 mars. Pourquoi cette date ? Bien sûr, il y a un lien avec la date de Noël, le 25 décembre, neuf mois plus tard. Mais historiquement il semble que ce soit la date du 25 mars qui fut fixée la première et Noël en conséquence. Dans la liturgie juive on célébrait autour du 25 mars à la fois la création du monde et le sacrifice d’Isaac. Les chrétiens auraient vu dans l’Annonciation à la fois la recréation de toute chose en Jésus-Christ et le sacrifice du Fils de Dieu s’offrant pour le Salut du monde. « Dieu a merveilleusement créé le monde et l’a plus merveilleusement encore recréé en son Fils. » La messe c’est le sacrifice du Christ qui fait toute chose nouvelle.

 La première messe

Comment la Vierge Marie aurait-elle pu oublier cet instant si bref et si décisif de sa vie et du destin de l’humanité ? L’instant où elle avait dit oui et où, l’Esprit la prenant sous son ombre, elle avait donné chair à Dieu… La vénérable abbesse espagnole Marie d’Agréda (1602-1665) prétend qu’après la Pentecôte, la Vierge Marie célébrait chaque année une neuvaine préparatoire du 16 mars au soir jusqu’au 25 mars jour où elle avait conçu le Fils de Dieu, « en reconnaissance pour ce grand miracle et ses bienfaits ineffables ». Notre-Dame de Nazareth nous fait entrer dans ces dispositions d’humble gratitude. Elle est la « Femme eucharistique », elle fait mémoire et remercie. Elle peut mieux que quiconque nous introduire à ce sacrifice d’action de grâce qu’est la messe.

Il est d’ailleurs assez aisé de remarquer que le récit de l’Annonciation, dans l’Évangile selon saint Luc, suit à peu près le schéma d’une messe. Oserais-je dire que l’Annonciation fut même la plus belle messe de l’histoire ? La plus grande communion possible entre une créature et son Dieu. Au cours de cette neuvaine préparatoire à la solennité du 25 mars, nous demanderons à la Vierge Marie de nous introduire plus avant dans la spiritualité eucharistique, de nous donner le goût de la messe.

Père Guillaume de Menthière, auteur de la neuvaine, Curé à Paris, enseignant au Collège des Bernardins

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